Rives du Léman

La faune du lac, des roselières au salon

Le castor est revenu sur les rives : indices, arbres taillés, précautions

Avatar de Ludivine Chappaz-Morand

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Un saule couché au bord de l’eau, l’écorce arrachée en larges bandes et le bout du tronc taillé en pointe régulière : ce n’est pas l’œuvre d’une tempête, mais celle d’un castor qui a choisi cet arbre pour se nourrir ou consolider son abri.

Les indices à repérer sur les berges

Le castor d’Europe (Castor fiber) laisse des traces caractéristiques qu’aucun autre animal des rives ne reproduit exactement : troncs sectionnés en biseau à hauteur d’homme, copeaux de bois frais accumulés au pied de l’arbre, et coulées boueuses qui descendent directement dans l’eau, empruntées pour glisser une branche vers le terrier. Les huttes, amas de branchages colmatés de boue, restent plus discrètes, souvent adossées à une berge escarpée plutôt qu’isolées en pleine eau comme on l’imagine parfois.

Contrairement à ses cousins nord-américains, le castor européen construit rarement de grands barrages sur un plan d’eau aussi vaste que le lac : ses aménagements se concentrent surtout sur les affluents et les cours d’eau plus étroits qui s’y déversent.

Ne pas le confondre avec le ragondin

Sur les mêmes berges circule parfois le ragondin, une espèce venue d’Amérique du Sud qui prête souvent à confusion avec le castor auprès d’un promeneur peu averti. La queue tranche immédiatement : plate et large comme une palette chez le castor, ronde et fine comme celle d’un rat chez le ragondin. Le castor reste aussi bien plus discret, actif surtout à la tombée du jour, alors que le ragondin se montre volontiers en pleine journée près des zones fréquentées.

Cette distinction compte, car le ragondin, espèce non protégée et considérée comme nuisible dans plusieurs départements, ne bénéficie d’aucune des garanties réglementaires attachées au castor. Confondre les deux peut conduire à des décisions inverses de celles qui s’imposent réellement sur une berge donnée.

Une espèce protégée, en pleine reconquête

Longtemps disparu de la majeure partie du territoire français après des siècles de chasse pour sa fourrure et sa chair, le castor a bénéficié d’une protection stricte qui a permis sa lente recolonisation de nombreux bassins versants, dont celui du Rhône et de ses affluents proches du lac. Cette espèce ne peut être ni capturée, ni déplacée, ni tuée, quel que soit le dommage qu’elle cause à un arbre ou un aménagement de berge.

Sa présence renouvelée sur les rives lémaniques témoigne d’une continuité écologique retrouvée entre le lac et ses affluents, un indicateur positif que partagent volontiers les naturalistes qui suivent le retour de l’espèce sur le terrain, article détaillé sur Wikipédia.

Que faire d’un arbre rongé dans son jardin

Un arbre riverain rongé par un castor ne doit pas être abattu par réflexe : son bois mort ou ses souches continuent souvent de repousser en cépée et offrent un abri à d’autres espèces, y compris certains oiseaux qui nichent dans les cavités basses. Si l’arbre menace réellement de tomber sur un chemin ou une habitation, mieux vaut solliciter un avis avant toute coupe, plutôt que de retirer un arbre protégé par la réglementation sur les berges.

  • Ne jamais tenter de détruire une hutte ou un barrage observé sur une propriété riveraine.
  • Protéger un arbre précieux avec un grillage bas plutôt que d’écarter l’animal.
  • Signaler toute observation aux associations naturalistes locales, utile pour le suivi de l’espèce.

Cette cohabitation discrète avec un ingénieur des berges rejoint d’autres histoires de retour d’espèces sur le lac, à retrouver dans notre rubrique oiseaux et rapaces, où plusieurs populations connaissent une dynamique comparable.


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