Rives du Léman

La faune du lac, des roselières au salon

Le Léman se réchauffe : ce que la CIPEL mesure sur les poissons et l’eau

Avatar de Josselin Dupraz-Néel

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Le lac ne se réchauffe pas de la même façon en surface et en profondeur, et c’est justement cette différence que surveille la CIPEL depuis des décennies, campagne de mesure après campagne de mesure, pour suivre l’état d’un plan d’eau partagé par la France et la Suisse.

Trois paramètres suivis en continu

La CIPEL, Commission internationale pour la protection des eaux du Léman, mesure régulièrement la température de l’eau à différentes profondeurs, la concentration en oxygène dissous dans les couches profondes et le taux de phosphore, responsable historique de l’eutrophisation du lac avant que les stations d’épuration ne réduisent fortement les apports. Ces trois indicateurs racontent ensemble l’état de santé du plan d’eau, bien au-delà de ce qu’une eau simplement claire en surface peut laisser croire.

Le phosphore a nettement reculé grâce aux traitements des eaux usées mis en place sur tout le bassin versant, mais la température, elle, suit une trajectoire inverse : les hivers plus doux limitent le brassage complet des eaux, ce mélange vertical qui renouvelle habituellement l’oxygène des couches profondes chaque année.

Des poissons d’eau froide en première ligne

L’omble chevalier et la féra, deux espèces emblématiques de la pêche sur le Léman, vivent l’essentiel de l’année dans les eaux profondes et fraîches, loin de la surface réchauffée par le soleil. Un brassage hivernal incomplet laisse ces couches profondes moins oxygénées, ce qui réduit l’espace vital disponible pour ces poissons habitués à des eaux froides et bien oxygénées toute l’année.

La pêche professionnelle et de loisir sur le lac observe déjà des variations de rendement d’une année sur l’autre, liées en partie à ces conditions changeantes, même si plusieurs facteurs s’entremêlent, de la pression de pêche à la disponibilité du plancton dont se nourrissent les jeunes poissons. Les pêcheurs professionnels du lac, souvent les premiers témoins de ces variations, transmettent leurs observations de terrain qui viennent compléter les campagnes de mesure scientifiques menées sur l’ensemble du plan d’eau.

Une crise déjà traversée, et surmontée

Le lac a connu, avant que les grandes stations d’épuration ne soient généralisées sur son bassin versant, une phase d’eutrophisation marquée par une eau trouble et des proliférations d’algues favorisées par l’excès de phosphore rejeté depuis les rives françaises et suisses. Cette crise a justifié la création même de la CIPEL, chargée de coordonner une réponse binationale à un problème qui ne s’arrêtait pas à la frontière tracée au milieu du lac.

Le recul spectaculaire du phosphore depuis cette période constitue l’un des succès les mieux documentés de la gestion environnementale du lac, et il montre qu’un suivi rigoureux, maintenu sur plusieurs décennies, peut infléchir durablement une trajectoire qui semblait irréversible. Le réchauffement de l’eau pose aujourd’hui un défi d’une autre nature, moins facile à corriger qu’un rejet de station d’épuration.

Ce que montrent les chiffres suivis par la CIPEL

Paramètre Ce qu’il indique Effet du réchauffement
Température de l’eau Répartition des espèces par profondeur Réchauffement plus marqué en surface
Oxygène dissous en profondeur Habitabilité des couches froides Brassage hivernal moins complet
Phosphore Richesse en nutriments, risque d’eutrophisation En net recul depuis les stations d’épuration

Pour suivre l’évolution détaillée de ces mesures, les publications de la CIPEL restent la source de référence sur le bassin lémanique, avec des rapports qui croisent les données françaises et suisses recueillies sur l’ensemble du lac.

Un lac qui reste vivant, à condition de le surveiller

Ce suivi patient, mené sur le temps long, permet aussi de distinguer une variation normale d’une année à l’autre d’une tendance de fond. C’est cette continuité de la mesure qui a permis, par le passé, de démontrer l’efficacité des politiques de réduction du phosphore, et qui permettra demain de documenter précisément l’ampleur du réchauffement sur les espèces les plus sensibles.

Les oiseaux du lac, eux aussi, dépendent indirectement de cet équilibre : les rapaces et échassiers qui pêchent en surface profitent d’abord d’une eau riche en petits poissons, un fil que suit notre rubrique oiseaux et rapaces. Sous la surface comme au-dessus, le même lac relie toutes ces vies.


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