Deux têtes huppées se redressent hors de l’eau, cou tendu, et s’agitent en miroir parfait, comme si l’une des deux copiait l’autre avec une seconde de retard. Cette danse du grèbe huppé compte parmi les scènes les plus spectaculaires que le lac offre sans qu’il soit besoin de s’approcher à moins de cinquante mètres.
Une parade en plusieurs actes
Le grèbe huppé (Podiceps cristatus) déploie une parade nuptiale codifiée qui commence par un hochement de tête synchronisé entre les deux oiseaux, poursuit par une plongée simultanée, puis se conclut souvent par l’offrande d’un brin de végétation aquatique que chacun présente à l’autre, bec chargé, poitrine dressée hors de l’eau. Cette dernière figure, appelée parade du roseau, marque en général le sommet du rituel.
La saison s’étend de la fin de l’hiver au début du printemps, avec un pic autour du mois de mars, quand les couples se forment ou se reforment après l’hiver passé dispersés sur le lac. Les jours calmes, sans vent qui hache la surface, restent les plus favorables : l’eau plate laisse voir chaque mouvement de tête sans confusion avec le clapot.
Où se poster sur les rives
Le delta de la Dranse offre des zones d’eau calme propices à l’observation, à bonne distance des roselières où les couples installent ensuite leur nid flottant. Les rives d’Excenevex, avec leur bordure de hauts-fonds et de roseaux, constituent l’autre poste classique : les grèbes s’y tiennent souvent proches du bord tôt le matin, avant le passage des promeneurs.
Une paire de jumelles change tout : la parade se joue dans des mouvements de tête rapides, faciles à manquer à l’œil nu à plus de trente mètres. Mieux vaut s’installer tôt, rester immobile sur place plutôt que de longer la rive, et laisser le couple se rapprocher de lui-même s’il le souhaite.
Le grèbe huppé a longtemps payé un lourd tribut à la mode des plumes ornementales, chassé pour sa huppe et sa collerette avant d’être protégé sur l’ensemble du territoire. Sa présence aujourd’hui régulière sur le Léman, jusqu’à afficher cette parade en plein jour près des rives fréquentées, témoigne d’une population qui s’est reconstituée grâce à cette protection continue.
Après la danse, un nid flottant et des poussins zébrés
Une fois le couple formé, les deux oiseaux construisent un nid flottant amarré à des tiges de roseau, souvent bien caché dans la végétation dense du delta. La femelle y pond ses œufs à l’abri du clapot, et les poussins, une fois sortis de l’œuf, se distinguent par une tête rayée de noir et blanc, presque zébrée, qui les rend faciles à repérer dès qu’ils grimpent sur le dos d’un parent pour se faire transporter sur l’eau.
Cette habitude de portage, fréquente chez le grèbe huppé, s’observe plusieurs semaines après le pic de la parade, généralement en fin de printemps. Elle attire souvent plus l’attention des promeneurs que la danse elle-même, plus discrète et plus rapide à manquer pour un œil non averti.
Respecter la distance qui permet la parade
La réserve naturelle du delta de la Dranse rappelle régulièrement, dans ses consignes aux visiteurs, la même exigence de discrétion appliquée à toutes les espèces nicheuses du site :
« Rester sur les sentiers et chemins balisés, garder ses distances avec la faune et ne jamais chercher à s’approcher d’un nid ou d’une couvée. »
Une parade interrompue par une approche trop proche peut retarder la formation du couple, voire l’annuler pour la saison. Observer depuis un point fixe, sans mouvement brusque ni sortie du sentier, reste la seule façon de suivre la scène jusqu’à son dénouement sans y avoir mis fin soi-même.
- Privilégier les matinées calmes, sans vent, en fin d’hiver et au printemps.
- S’installer à distance, immobile, plutôt que de chercher à s’approcher.
- Emporter des jumelles : la parade se lit dans des détails fins de posture.
D’autres habitants du delta partagent ces mêmes roselières à la même saison, du poisson qui remonte frayer aux discrets indices laissés par le castor sur les berges : la rubrique faune et nature du lac leur est consacrée.


