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Les patous gardent les troupeaux du Chablais : passer sans se faire charger

Avatar de Josselin Dupraz-Néel

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Un troupeau pâture sur la pente, et parmi les moutons se détache une silhouette blanche, plus massive, qui observe le sentier avant même que le randonneur n’ait remarqué sa présence. Ce chien-là ne joue pas : il garde, et la façon de traverser son territoire détermine si la rencontre reste tranquille ou tourne à la charge.

Un chien de travail, pas un chien de compagnie

Le patou, ou chien de Montagne des Pyrénées, vit en permanence avec le troupeau qu’il protège, sans maître à proximité la plupart du temps. Sa mission consiste à repérer toute présence inhabituelle, humaine, canine ou sauvage, et à s’interposer avant qu’elle n’approche trop près des bêtes dont il a la charge. Ce comportement s’est renforcé avec le retour de grands prédateurs sur les massifs alpins et préalpins, qui a conduit de nombreux éleveurs du Chablais à réintroduire ces chiens de protection dans la conduite de leurs troupeaux en alpage.

Un patou qui aboie, avance, puis s’arrête pour aboyer de nouveau ne cherche généralement qu’à évaluer la menace et à la tenir à distance. La charge réelle reste rare face à un promeneur qui adopte le comportement attendu, mais elle devient plus probable face à une attitude perçue comme agressive ou imprévisible, course, cri, bâton levé ou approche directe du troupeau.

Ce que prévoit la réglementation en alpage

La préfecture de Haute-Savoie publie chaque saison des recommandations et, sur certains massifs, des arrêtés qui encadrent la présence des chiens de protection en alpage et rappellent aux usagers des sentiers la conduite à tenir face à un troupeau gardé. Ces textes s’appuient sur un principe simple : le randonneur doit s’adapter au troupeau, jamais l’inverse.

« Face à un chien de protection, ne jamais courir ni s’approcher du troupeau : contourner largement, garder son chien tenu en laisse courte et laisser le patou identifier le passant avant de poursuivre calmement son chemin. »

Cette recommandation, reprise sous des formulations proches par plusieurs préfectures de massifs alpins, résume l’essentiel du comportement attendu et s’applique aussi bien au randonneur seul qu’au groupe accompagné d’enfants ou d’un chien.

Le chien du randonneur, premier facteur de tension

Un chien tenu en laisse, même de petite taille, reste perçu par le patou comme un animal identifiable et donc moins menaçant qu’un chien qui court librement autour du troupeau. La laisse courte, tenue près du randonneur plutôt que laissée filer, évite que le chien ne s’approche de lui-même d’une brebis isolée ou d’un agneau, geste qui déclenche presque systématiquement une réaction du patou.

Un chien qui aboie face au patou aggrave la situation plutôt qu’il ne la calme : mieux vaut le faire taire, le rapprocher de soi et poursuivre sa route sans s’arrêter face au troupeau, plutôt que de laisser l’échange vocal s’installer entre les deux animaux.

Contourner, ne pas courir, laisser passer la chaleur

La meilleure stratégie reste l’anticipation : repérer le troupeau de loin, choisir un itinéraire de contournement large plutôt que de traverser le cœur du pâturage, et ralentir l’allure en approchant de la zone surveillée. Un randonneur qui court, que ce soit par sport ou par crainte, envoie au patou un signal de fuite qui peut déclencher une poursuite instinctive, bien plus rarement provoquée par une marche lente et régulière.

La chaleur ajoute une contrainte supplémentaire pour le chien du randonneur : un alpage exposé en plein été offre peu d’ombre, et un animal qui a déjà marché plusieurs heures peut se déshydrater vite lors d’une rencontre qui allonge le détour prévu. Emporter de l’eau en quantité suffisante pour le chien, pas seulement pour soi, évite d’aggraver une situation déjà tendue par un animal fatigué et moins réactif aux consignes.

Situation Bon geste Geste à éviter
Troupeau aperçu de loin Contourner largement, ralentir Continuer tout droit à travers le troupeau
Patou qui aboie et approche S’arrêter, rester calme, reculer lentement Courir, crier, lever un bâton
Chien du randonneur Laisse courte, chien rapproché Chien libre autour des bêtes
Forte chaleur en alpage Eau disponible pour le chien Prolonger l’effort sans pause

Le cas particulier du vélo et des groupes

Un vététiste qui arrive vite et silencieusement sur un troupeau surprend davantage le patou qu’un marcheur repéré de loin, ce qui explique pourquoi les vitesses d’approche élevées figurent parmi les situations les plus souvent signalées comme tendues sur les itinéraires de moyenne montagne du Chablais. Descendre de vélo dès l’aperçu du troupeau, marcher à ses côtés et reprendre la selle une fois le passage terminé réduit nettement ce risque, même si la manœuvre coûte quelques minutes sur le parcours prévu.

Un groupe nombreux, notamment avec des enfants, gagne à se resserrer plutôt qu’à se disperser autour du troupeau : des silhouettes isolées, dispersées sur plusieurs points, sollicitent davantage l’attention du patou qu’un groupe compact qui traverse la zone d’un seul mouvement continu, sans s’arrêter pour photographier les bêtes de près.

Si le patou s’approche malgré les précautions

Même en respectant ces consignes, un patou peut choisir de s’approcher pour évaluer le passant de plus près. Dans ce cas, s’arrêter complètement, éviter de fixer le chien dans les yeux et laisser le regard glisser légèrement de côté suffit souvent à désamorcer la tension : le chien renifle, tourne parfois autour du groupe, puis se désintéresse et retourne vers le troupeau une fois la vérification faite.

Reculer lentement, un pas après l’autre, sans jamais tourner le dos ni courir, reste le geste à privilégier si le chien continue de s’approcher après cette pause. Un bâton de marche tenu bas, comme simple appui, ne pose pas de problème ; le même bâton levé au-dessus de la tête, en revanche, se lit comme un geste de menace qui peut précipiter la réaction que l’on voulait justement éviter.

Une cohabitation qui dépasse le seul sentier

Cette présence renforcée des chiens de protection sur les alpages du Chablais accompagne un mouvement plus large de retour de la faune sauvage sur les massifs préalpins, un sujet que suit notre rubrique faune et nature du lac, où la question du grand prédateur croise régulièrement celle de l’élevage en montagne. Comprendre pourquoi le patou est là aide autant à bien se comporter qu’à respecter le travail qu’il accomplit, saison après saison, loin de tout regard.

Un randonneur qui a compris ces quelques règles retrouve vite l’essentiel : le patou ne cherche pas l’affrontement, il cherche la confirmation que le passant n’est pas une menace, et cette confirmation se donne par le calme, jamais par la vitesse.


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